Avant, il y a quinze ans, nous habitions dans une adorable maison de poupée. Soixante-quinze mètres carré pour quatre personnes dont deux mouflets qui, empilés l’un sur l’autre, ne dépassaient pas encore la hauteur d’un mètre. Nous nous préparions un quotidien étroit, étriqué, une véritable ode à la promiscuité. Je voulais recevoir, accueillir, faire plaisir, faire rêver aussi. Je voulais me réaliser, oui ! Me réaliser ! Faire ce qu’il me semblait être fait pour moi… et rien d’autre. Je voulais décorer, peindre des surfaces infinies de murs, insatiablement. Je voulais me rassasier de clous et de vis, de tringles à rideaux, de fantaisies décoratives, de lustres incohérents qui étonnent plus qu’ils n’éclairent, je souhaitais réaliser une œuvre d’art grosse comme une maison ! Je bégayais de petits plats dans une cuisine de poupée, je jouais à la dinette dans de toutes petites gamelles. J’avais besoin de déplier mon tablier de cuisinière, de déployer mes cuillères en bois, de m’exprimer dans un véritable lieu, d’hurler mon talent en touillant avec passion. Il me fallait du plan de travail en veux-tu, en voilà ! Je voulais du piano en fonte qui chauffe en continu, des patates en sac de cinquante kilos, de la matière Nom de Dieu ! À pétrir, à émincer, à épicer, à rôtir, à mijoter, à offrir, à partager. Du grand, du vaste, du disproportionné, du « Avant de se cogner, il faut faire de la course à pied sur cinquante mètres »…

Au plaisir de vous recevoir.

Jane